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Quand j'étais petit, je me disais que je voulais être n'importe qui. Sauf moi.

Samedi 6 avril 2019 à 3:20

T'es partie comme une porte qui claque, et dans ce grand salon, j'ai toujours peur du carrelage et de ton fauteuil que j'ai mis six mois à jeter. Y'a encore le froid de dedans que tu laissais jamais entrer, la chaleur étouffante, l'odeur de renfermé et cette immense vide dans un endroit confiné qui jamais ne t'a laissé de place. Y'a ce sentiment que ton corps est là, dans un espace d'un mêtre carré, là ou ton fauteuil ne bougait jamais, entre trois verres, le bruit assourdissant de tes écrans et le passage régulier des inconnus. Ya ta présence chaque nuit, dans mes nuits blanches, dans mes rêves où tu reviens maman, j'ai ving six ans, j'suis à peine pas encore diplômée et je t'ai menti la dernière fois que tu voulais me voir. "Tu viendras pour la prochaine remise". Partie remise à jamais, t'es jamais partie pour de bon mais rien n'isole tes pleurs de désespoir, ton sentiment de faiblesse quand tu pleurais comme un enfant, tes caprices pour être là, alors que tétais déjà plus à toi. J'ai toujours peur de ce grand salon, les volets restent fermés, pour garder jusqu'au bout cette ambiance que j'ai tant détesté mais chérie à présent.  Présent pour qui le veut, j'ai pas encore réussi à fermer les yeux, ta voix au fond de mon répondeur et trois vidéos pour me rappeler ta mouvance, ton attitude. T'étais une originale, une imparfaite, t'étais vaporeuse et irréelle parfois. Maman, t'es partie comme une porte qui claque: d'abord doucement, puis d'un coup. 

Vendredi 4 août 2017 à 20:47

Il parait que ton corps détonne, qu'il s'étonne d'être encore vivant et qu'on l'entend s'écrouler depuis ici. C'est vrai que j'avais jamais apperçu un fracas si fort dans un silence des plus grands, mais dans quelques temps tu verras que rien n'avait meilleur gout que mon départ. Ici j'ai cherché à t'aimer mieux, pas comme  quand on déclare une guerre et que je m'invente arbitre à compter les points dès que tu me touchais. Il y avait du bon, parait il, mais j'ai oublié, mon corps détonne, s'étonne d'être encore vivant puisqu'il s'est écroulé avant ici. Il y avait aussi ton amour que tu laissais trainer au milieu des mines, que tu levais sur un drapeau blanc quand tu me voyais jeter les armes. Il y avait aussi les autres qui selon toi n'ont jamais existé. Mais j'ai tout vu, spectatrice de ma propre bataille, je suis tombée mile fois et j'ai tenu un journal de bord. Un putain de compte rendu de tous tes points marqués, de toutes mes blessures, il reste juste une liste à la con. Les sensations, les moments de paix, tout ce qui a fait de cette guerre plus supportable, tout ça a disparu. L'amour. Plus rien. 

Mercredi 5 avril 2017 à 6:55

Est ce qu'il faut éteindre la lumière, comme quand on quitte une pièce. Est on obligé de détester ce qui s'arrête, a-t-on encore le droit d'attendre l'autre, et lui demander de partir, est ce qu'on peut boire un verre sans que tu me ramènes chez moi, est ce qu'on peut se prendre la main si on veut que les journées s'arrêtent de craquer, comme à chaque fois qu'on monte à l'appart, a-t on changé les heures, la nuit, le bruit qu'on fait quand on se serre, est ce qu'il faut vraiment faire semblant de faire semblant, a -t on le droit de se dire qu'il faut juste oublier la morale, est ce qu'il faut claquer les portes, rater son corps avec un autre et détester ce qu'on n'aura plus, a t-on envie de sourire pour quelques temps et avons nous le droit de se mentir, est ce qu'on peut enterrer les arguments, ou est ce qu'il faut se porter une claque, jeter le jour et gratter le reste du reste, la pellicule infime des sentiments, ouvrir la fenêtre. A t-on le droit de faire semblant, d'arriver à la fin sans qu'il faille se dire tout, pleurer un bon coup, souffler et fermer la fenêtre. Est ce qu'il faut éteindre la lumière, comme quand on quitte une pièce, ou est qu'il faut vraiment quitter la pièce quand la lumière n'est pas encore éteinte. 

Mardi 4 avril 2017 à 9:34

A peu de choses près il reste l'oxygène devant une porte et demi, qui prend la place d'un balcon et sans qu'on sache quoi en faire. Il y a aussi le fiasco d'un vendredi soir, le cyanure d'une atmosphère des jours d'hier, du temps dont on raffolait, qu'on faisait courir sur nos doigts quand ils étaient pas scellés. A peu de choses près il y a la douceur de tes yeux que j'ignore, il reste les fragments du bruit qui m'affole, les effluves poivrées d'un sentiment détestable, celui d'être à peu de choses près passé à côté d'un truc géant, un truc qui s'inhale, qu'on n'oublie jamais, jamais. A peu de choses près il reste quoi, toi, moi, et trois quatre mois,  sans qu'on ai su quoi en faire, jamais. 

Jeudi 9 mars 2017 à 9:26

Et faire tout changer, la couleur des murs, les mots qui traînent en attente, dans une enveloppe déjà fermée, et faire tout arrêter, les aiguilles des horloges qu'on na jamais eu, le bruit des marches quand tu les montes, et faire tout fondre, la neige sur les trottoirs qu'on déteste, ta nostalgie quand tu fais bouger tes quatre fossettes, et faire glacer le papier des photos solo, sans nous, sans une manifestation d'amour, et faire revenir en arrière les souvenirs de nos corps, en farniente, même si tout s'y détruit à l'intérieur, et faire de nous un symbole de guerre, et faire de moi sans fois mieux, sans que tu saches que rien ne s'arrête plus depuis qu'on a perdu patience dans mon lit une place, et faire bouger l'expression de mes sentiments les plus sincères, et faire tout cramer sans essence, rien qu'à la force d'une haine pour l'amour, et faire tout, pour tout faire tomber avant l'épilogue.

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