colore-la-vie

Quand j'étais petit, je me disais que je voulais être n'importe qui. Sauf moi.

Mardi 3 janvier 2017 à 0:31

Te déconstruire sur les sillages d'un long voyage qui n'aura jamais commencé et se demander quel bruit fait la neige que tu tapes si tu retiens rien de nous. T'embrasser sans que tu le saches quand un jour de silence en plus aurait été une réussite, te rapporter des histoires d'autrefois, belles et vaines, amours et rien. Te laisser sur un non qui veut dire oui, plus que tout, qui veut tes yeux, ta peau, et dix mots. Saccager ce qui reste d'à peu près exquis, le goût du pollen au fond de ma gorge, la tendresse d'un amour sporadique, et l'aspirine chaque matin. Te perdre dans les halles en cherchant une connexion qui existerait dans un duo dont on rigole timidement et puis, et puis maudire ma mémoire qui apporte des histoires d'autrefois, belles et vaines, amours et rien d'autre que de l'acier dans ce coeur en lutte.  

Lundi 12 décembre 2016 à 1:41

Lyon a de plus en plus froid pendant qu'une foule abattue se serre sous mile lumières. Tu vois, j'ai toujours un peu peur quand on m'emmène des airs nouveaux sur une terre d'étrangers. J'ai trop peur pour monter sur un bateau sans voile et arriver la première au mauvais endroit. J'ai trop peur pour construire un palais de sable juste avant que la marée ne monte, pour allumer la lumière et aimer ça. Tu vois, j'aimerais tout autant faire l'amour à un autre et me dire que rien n'est plus beau que de l'imaginer toi. Tu vois, j'adorerai faire des excursions sans que tu t'en aperçoives et prendre ta main dans une ville qui me déteste toute entière. Mais j'ai toujours un peu peur que tu prennes les vagues pour des blagues, que tu t'improvises marin et collectionneur d'écume. Tu vois, les journées ne durent jamais assez longtemps et elles veulent souvent rien dire quand on doit se bousculer avant minuit. Tu vois, j'aurai pas peur de perdre la raison si c'est pour faire semblant d'être quelqu'un de bien. J'aurai pas peur de me faire croire que j'ai pas peur, que rester debout sur une terre qui tremble c'est facile, même à moitié vivante. Tu vois j'ai un peu peur que toutes les choses qui disparaissent n'étaient pas vraiment ce qu'on voulait et qu'il fallait de toute façon les jeter. Tu vois j'ai un peu peur que nous deviner c'était déjà te perdre, que me laisser te parler c'était nous condamner au silence. Tu vois, j'ai toujours un peu peur quand tes airs d'étranger se ramènent et me serrent sur une cadence qui m'aurait presque fait aimer autrefois. 

Jeudi 1er décembre 2016 à 17:14

Quand tu prenais ton temps avant de me laisser dormir, l'appartement avait le parfum de mile vies et de trois verres de vin. Jamais rien n'avait eu une aussi belle perspective que des rêves qui resteraient le bruit d'une partition confidentielle, les molécules d'un fond de silo, d'un sous sol jamais ouvert. Il y avait de quoi avoir peur pour se laisser seize heures avant de dormir et rendre à la nuit l'amnésie de deux corps craintifs. Il fallait du courage pour te laisser le droit d'arriver plus tôt, de me traiter comme une personne qui aurait eu mile maux, et trois verres de vin avant toi. Il fallait te montrer qu'autrefois j'avais échoué, qu'il m'est arrivé aussi, mais surtout d'être l'esclave de ses larmes, de ses poings et que jamais sans honte je l'ai aimé. J'avais pourtant prévu de raccorder le temps avant que tu me laisses dormir, te dessiner les murs qui ont été le poing de départ, le point d'une entrave où demeure encore l'écueil d'une nuit agitée. Il fallait que tu t'arrêtes deux minutes, que tu me montres où s'arrête les je m'en vais, si t'es pas là après trois verres de vin. 


Vendredi 25 novembre 2016 à 2:08

Personne nous avait dit qu'à peine passé dix ans la plus grande d'entre nous prendrait la route, qu'il faudrait laisser les ainés s'enfuir comme nos vieux un dimanche, qu'elle perdrait la tête, l'espoir et sa vie après toutes. Personne nous avait dit que maman nous aimerait si fort, si fort, qu'elle ferait tout ça très mal et surtout très peu. Personne nous avait dit qu'à peine quinze ans passés papa n'aurait plus envie de connaitre la vérité et que la plus grande allait devenir le secret de chacun et le lourd fardeau des repas de famille. Personne nous avait dit que les parents sont les enfants d'autres enfants et que maman n'avait jamais vraiment eu l'envie d'en avoir, ou si peu. Personne m'avait dit qu'à peine dix neuf ans froissés on allait avoir l'impression de voler, de s'éterniser dans un air mélodramatique, qui pourrait même nous donner l'envie de vivre, malgré tout et malgré ceux qui sont restés. Personne m'avait dit qu'à peine vingt trois ans les gens auraient tous l'air de vide, que personne n'allait avoir le pouvoir de changer le cours du temps et surtout pas le point de départ que tu venais de figer. Personne m'avait dit, par pudeur ou par peur, qu'à peine vingt cinq ans bientôt je pourrai avoir envie d'arracher tout ce que tu as défait, toutes les pauses que tu as marquées et surtout, ce soir, ton visage sur le mec d'en face. Personne m'avait dit qu'un jour tu allais m'apporter le réconfort de mile amis en une caresse, pour toutes ces choses qui m'ont faite tomber par faiblesse, toutes ces fois où rien n'avait meilleur goût que t'aimer, déconstruite, mais t'aimer malgré tout. Personne m'avait dit qu'à peine passé vingt quatre ans il fallait refaire l'amour avec quelqu'un qui n'aimera jamais aussi bien que toi, que toutes les guerres qu'on a gagné, n'étaient que défaites et pauses perdues. Personne m'avait dit qu'à bientôt vingt cinq ans tout serait pareil, si ce n'est tout sans toi, et que t'aimer faisait simplement de ces repas de famille un  moment un peu moins difficile. 

Jeudi 27 octobre 2016 à 0:49

Les plus douces notes sont enrayées, il y a deux ans ta main a pris dix mile rides. Maman, t’es devenue plus vieille que mamie, tout le monde crève en petit entre les meubles et le carrelage glace. La musique c’est plus du tout du baume au coeur, la musique c’est ta voix qui n’a plus de force pour s’élever et le bruit de ton corps se lever. Maman, tu meurs à petit peu sous trois plaids en me disant que tu veux être seule. Moi j’ai envie de t’emmener aux Etats Unis, monter à cheval dans l’Arizona et écouter les Bee Gees pendant que tu radotes encore les mêmes histoires. Maman t’es devenue plus vieille que mamie qui voyage et toi tes valises restent à l’étage. Maman les escaliers tu les montes plus, t’as pas l’impression de me le dire mais tu veux vivre à sept hauteurs pourtant. Il y a presque vingt quatre ans et j’ai rien avec toi, maman ça fait vingt quatre ans que t’es absente, que t’es ailleurs, et aujourd’hui. Aujourd’hui quoi, tu te détaches sans même m’avoir regardé devenir femme et maman. Maman tu veux pas me raconter comme je suis née, que tu m’aimes , que nos fautes on se les pardonne et tu me donnes les Etats Unis, et tes histoires d’amours. Moi j’ai envie que tu m'expliques encore une fois comment tu vois le monde, même si personne a l’air d’y croire, j’adorerai que tu m’appelles ma chérie, c’était pas souvent. C’est pas souvent que t’étais une maman maman, et le temps a passé, arraché nos vies. Les plus douces notes sont enrayées et malgré tout j'ai pas envie d'arrêter la musique.


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