colore-la-vie

Quand j'étais petit, je me disais que je voulais être n'importe qui. Sauf moi.

Jeudi 10 mai 2012 à 17:47

La main pleurante sur le bitume, un bois humide dans le coeur et cette vie laissé pour morte, sur un radeau. Sur une mer solitaire, elle s'agite encore stone et hagarde, cherchant une pierre, et s'y cognant, et s'y blessant.On n'avait plus peur des vagues et l'habitude de se noyer était devenu une façon comme une autre de se sentir vivant. Si ton coeur s'arrêtait, si ta peine s'émerveillait devant tant de grâce, tu disais, c'était à cause de mes yeux, tu disais, c'était un coup de grâce que tu m'accordais, à chacune de tes fautes. Et de tes prières. J'ai jamais grandi à tes côtés, j'ai parié sur le plus fort, le plus faible, mais la vérité c'est qu'on est tous deux rien sans l'un sans l'autre, avec ou sans toi c'est pareil, j'ai juré au ciel. J'ai parié sur le plus fort, celui qui arriverait à ne plus regarder en face, et continuer à avancer le coeur et les yeux bandés, mais toujours un peu plus le coeur. Celui qui sauterait de tout en haut sans penser à la chute, au point final. Celui qui n'aurait pas vraiment mal après, après tout ça, et toi.
On n'avait plus peur des vagues et l'habitude de se noyer était devenu une façon comme une autre de se sentir vivant. On avait trop peur de mourir qu'on n'a jamais réellement appris à vivre.

Jeudi 26 avril 2012 à 14:58

On s'est croisés sur un malentendu, dans une rue trop petite. On marchait avec l'allure des gens sans importance et pour seuls habits des rêves douloureux. Et sous nos pas s'écrasaient nos espoirs d'enfant, nos envies d'avant. J'ai pas eu le sentiment de te voir arriver, c'était un peu comme quand on se réveille d'une nuit agitée avec un sourire fait à reculons. J'ai pas la patience de te voir partir, d'entendre nos cris à l'horizon, et au dessous de tout, nos coeurs émiettés. J'ai la chance vagabonde des gens qui vont pas très loin, et j'ai pas la force des grandes filles qui sourient à la douleur. J'ai jamais cru aux rêves des autres et si on s'est croisés, c'est seulement qu'on n'avait pas le choix. Il paraitrait qu'on écrit des lettres à ceux qu'on aime, mais à quoi bon si elles ne sont jamais lues. Et puis des lettres, j'en ai plus déchirées qu'écrites. On n'a jamais fait semblant, on a juste fait les grands avec des rêves de gamins. On s'est croisés sur un malentendu, dans une rue trop petite, qui n'a même pas de la place pour deux.


Jeudi 15 mars 2012 à 7:51

Elle courrait à tâtons avec l'allure des gens qui ne se perdent jamais, et sans jamais s'arrêter elle ouvrait toutes les portes, toujours pour les claquer ensuite. Quand je l'ai connue, elle avait à peine sept ans ans, et toutes les mains étaient plus grandes que moi. Elle avait la tête en l'air mais toujours les yeux sur mon visage, à jurer sa vie pour la mienne et les autres auraient pu aller crever. Elle avait pris l'habitude de perdre tout, elle a perdu ses habits, et parfois ses clefs, elle a perdu ses dessins, sa jolie forme, et quelques téléphones. Elle a perdu ses amis, un par un, et puis elle a perdu patience, elle a perdu le sourire et l'espoir. Elle a perdu le goût des choses, de nombreux projets, ses lunettes et puis sa vue. Elle a perdu l'envie, la course et de nombreuses fois en amour. Elle a perdu la voix, le sourire des milliers d'autres fois, elle a perdu cent fois ses idées, et trop de fois son chemin. Elle a perdu la tête, depuis un moment elle traine sans, elle a perdu le jour, l'amour et puis la raison. Et puis la raison.

Mercredi 22 février 2012 à 14:08

J'aurais voulu te dire de ne jamais me laisser partir, ô non jamais, et surtout pas sans avoir le temps de t'aimer à m'en déchirer le coeur, surtout pas sans avoir le temps de te respirer à m'en éclater les poumons et surtout pas avant de me voir m'émietter comme toutes les fois. Ne me laisse pas au milieu d'une foule, attend qu'il n'y est que nous deux ou du moins que mes yeux nous croient seuls, me laisse pas sur un début sans fin, jette moi en plein milieu d'un océan, sans rivage, laisse moi dans une histoire qui se finie mal, avec des pleurs, des cris, laisse moi des nuits blanches, des journées trop longues, jette moi dans les bras d'inconnus, laisse moi au bords de tous les vides, dans des nuits grisées de solitudes, laisse moi insignifiante et perdante. Laisse moi dans une histoire qui se termine mal, avec des cris des pleurs et de l'amour qui éclate en lambeaux, laisse moi dans une histoire qui se finie mal mais qu'on en dise qu'elle en valait la peine.

Dimanche 19 février 2012 à 14:36

C'était la fin des jacarandas, je m'en souviens, l'horizon délesté de ses feuilles s'ennuyait un peu, et l'asphalte n'était plus qu'un bout de terre sans toi. On désertait les rues et même le vent jouait de l'écho de nos mots. J'étais parti l'amour en bandoulière, et laissait voler dans l'atmosphère les dernières choses qui semblaient nous appartenir. On n'avait pas grand chose au final, quelques lettres, de la cendre restée sur le bord de nos fenêtres, et la fin de l'été. J'étais partie le coeur dans les poches, froissé entre nos lettres, de la cendre sur le bout des doigts, et la fin de l'été au creux de la gorge. Nos dernières envies semblaient s'être éparpillées dans nos pertes de temps et même nos sourires se fatiguaient de faire semblant. C'était la fin des jacarandas, je m'en souviens, c'était pas si loin après tout. On s'est croisés sur l'avenue des gens paumés, sans savoir vraiment où aller, on s'est croisés sur l'avenue des gens paumés, j'étais partie le coeur en vadrouille et le dernier des jacarandas a rendu la dernière de ses feuilles.

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